17 MARS : DECLARATION CGT/MAE DEVANT LE MINISTRE AU QUAI D’ORSAY


Monsieur le Ministre,

Votre prédécesseur est parti satisfait d’avoir engagé ce ministère sur la voie de la réforme. La CGT MAE est loin de partager cet avis. À vous de poursuivre tel que ou de faire en sorte que cette évolution soit effectivement discutée avec les partenaires sociaux.

Car pour la CGT MAE, une telle réforme exigeait plus de concertation que le dialogue social en trompe l’œil auquel nous avons eu droit.
En effet, alors qu’entre février et juillet 2015, des rencontres s’organisaient avec le monde de l’entreprise sur le projet il n’y a eu aucune véritable réunion avec les organisations syndicales qui étaient simplement invitées à transmettre leurs contributions.

Au final, nous n’avons eu droit qu’aux conclusions détaillées sous forme de mesures, non amendables ni discutables car « validées » par le ministre, taillées, nous a-t-on dit, pour faire de ce ministère, un ministère « moderne et exemplaire ».
 [1]

Argument fatal : ces mesures répondraient aux attentes des agents eux-mêmes, en référence à la consultation directe des personnels sous Diplonet. Manière de contourner les représentants du personnel à l’instar de la consultation référendaire présente dans le projet de loi Travail dont la CGT exige le retrait ?

L’utilisation de vieilles méthodes, pas de négociation et les partenaires sociaux mis devant le fait accompli alors que les mesures décidées impactent les personnels, est-ce cela le dialogue social dans un ministère qui se veut du XXIème siècle ?

Dans sa contribution, la CGT MAE demandait un vrai changement en matière de responsabilité solidaire et sociale. Mais nos craintes sur le maintien de règles d’ancien régime, notamment sur la manière de considérer les personnels, se confirment tous les jours. Là où nous demandions du « mieux faisant social », nous constatons une dégradation des conditions d’exercice de nos missions et une souffrance au travail toujours plus grande.
 [2]

Nous attendions également que l’État investisse dans ses propres activités plutôt que transférer à des opérateurs financiers la coopération et le développement, la puissance publique renonçant ainsi à sa diplomatie culturelle et technique.

Nous attendions le maintien de la présence de l’État au plus près des Français de l’étranger, car la continuité du service public doit être maintenue malgré la distance pour ces Français à part entière et l’image de la France à l’étranger en dépend également. Mais la rigueur budgétaire conduit à un fonctionnement symbolique minimal et la dématérialisation ne compensera jamais les pertes d’effectifs humains, seuls capables de comprendre et d’apprécier la complexité de certaines situations de nos compatriotes à l’étranger.

Nos missions s’appauvrissent quand elles ne sont pas purement et simplement confiées par délégation à des entreprises privées. Les choix budgétaires sont là pour nous rappeler que le seul objectif est de réduire l’influence de l’État et de favoriser une économie libérale qui n’a que faire des principes de solidarité et d’intérêt général.

Sur les milliards offerts aux entreprises, une dizaine aurait permis de redonner aux pouvoirs publics l’inflexion nécessaire à la mise en place d’une économie « sociale et solidaire ». Pour le ministère des Affaires étrangères, qui ne pèse pas d’un poids énorme dans le budget général, un peu aurait été beaucoup. Mais le gouvernement a fait le choix d’un modèle économique clairement libéral alors même que les Français et plusieurs autres pays européens ont fait savoir à plusieurs reprises par la voie des urnes qu’ils souffraient de cette logique destructrice.

Nous attendions un groupe de travail sur l’évolution de notre politique culturelle mais les décisions étaient déjà entendues et la cartographie de notre réseau déjà tracée.

Il en fût de même pour la gestion de nos carrières aujourd’hui devenue une gestion des parcours individuels dont on comprend qu’elle sera encore plus inégalitaire. Les commissions administratives n’étant plus que des chambres d’enregistrement, peu de chance de voir adopter des critères négociés et réellement transparents pour les promotions ou les affectations.

De même, où est la cohérence entre l’appel à la diversité dans les effectifs et la sélectivité accrue dans le recrutement ? Nous réclamons des concours de recrutement basés sur des épreuves accessibles au plus grand nombre et la fin de l’anglais obligatoire au concours d’entrée de catégorie C.
Cette épreuve discriminatoire prive de nombreux candidats, notamment recrutés locaux, d’accéder à la fonction publique. Pour la CGT MAE, c’est par la formation et l’expérience professionnelle que l’on obtient des agents en capacité de répondre aux fonctions attribuées.

Monsieur le Ministre, aujourd’hui s’engagent des discussions à la Fonction publique avec un possible déblocage du point d’indice, dont le gel depuis 6 ans aura permis à l’État d’économiser 7 milliards € pour mieux les donner en crédits d’impôts à des grandes entreprises, avec le résultat de dupe que l’on connait en terme de création d’emplois. Entre temps, la précarisation des fonctionnaires et agents publics s’est accentuée.

C’est pourquoi, la CGT revendique une augmentation conséquente de la valeur du point d’indice.

Nous croyons que l’exemplarité de la gestion publique ne doit pas être recherchée dans la course au bas coût malheureusement engagée en France mais que d’aucuns refusent ici et là en Europe : aux missions à bas coût, au droit du travail à bas coût, à l’avancement à bas coût, au dialogue social à bas coût, nous opposons renforcement des missions de service public, respect des droits sociaux, amélioration des conditions de travail, gestion humaine des personnels car nous croyons que de sa capacité à valoriser ses personnels dépendra aussi l’avenir de ce ministère./.

Le Syndicat CGT du Ministère des Affaires étrangères

Notes

[1Vous nous direz si le licenciement d’un agent de droit local la veille des fêtes de fin d’année, sans proposition de reclassement, pour un motif fallacieux (licenciement économique alors qu’au même moment un poste identique est créé), est un comportement du XXIème siècle, moderne et exemplaire.

[2Maroc, Mali, Namibie…