IMA, RFI, France 24 : heurs et malheurs de la tutelle MAE.


Grèves à Radio France Internationale et à l’Institut du Monde Arabe, tensions au sein de France 24, dernière née de l’audiovisuel public : le moins que l’on puisse dire, c’est que le dialogue social chez les opérateurs sous tutelle du Ministère des Affaires étrangères ne s’apparente pas à un long fleuve tranquille !

 Audiovisuel extérieur : déshabiller Pierre pour habiller Paul ?

Pour 2007, la subvention versée par le MAE à RFI sera allégée de 2,3 millions d’euros. L’inquiétude des salariés de RFI quant à leur avenir semble justifiée à la lecture des lignes suivantes tirées du dossier d’information du PLF 2007 : "Dans les trois prochaines années, RFI va devoir mener un effort sans précédent pour s’adapter aux exigences de publics beaucoup plus exigeants qu’auparavant[...].Pour financer cet effort de réorganisation en profondeur, des marges de redéploiement substantielles existent, mais, à l’exception du contrat TDF ondes courtes, elles reposent essentiellement sur des coûts de personnel. Elles ne dégageront donc des économies significatives que par l’intermédiaire d’un plan social, que les tutelles ont jusqu’ici exclu."

Des économies significatives qui pourraient peut-être contribuer à financer la nouvelle née France 24, ersatz français de CNN, dont l’inauguration à grands frais le 06 décembre dernier aux Tuileries en présence du gotha politico-médiatique n’a pas semblé souffrir des restrictions budgétaires ? Privilégier l’information spectacle et la forme au fond semble bien dans l’air du temps et il est à craindre que ne soient sacrifiés à terme les médias qui ne répondent pas à cet impératif. N’échappant pas toujours aux pressions politiques, notamment en matière françafricaine, RFI, radio publique généraliste, n’en reste pas moins, par son sérieux et la qualité de ses programmes, un moyen précieux d’ouverture sur le monde qu’il convient de préserver.

Mais revenons à France 24 : les "zones de non-droit" ne seraient-elles plus l’apanage de nos banlieues ? On pourrait en tout cas le croire à en juger par les pratiques sociales répressives d’ores et déjà instaurées. Les conventions collectives du secteur audiovisuel public ne seront pas appliquées dans cet attelage hybride composé pourtant à 50% par France Télévision. Non contente de cela, la direction de France 24 a décidé de mettre au pas son personnel en procédant, avant même l’inauguration de la chaîne, au licenciement de salariés en période d’essai qui avaient eu l’outrecuidance de s’interroger sur des disparités horaires et salariales et de réclamer un exemplaire de la convention collective. Décidés à ne pas se laisser imposer un dialogue social façon Père Fouettard, le SNRT-CGT et le SNJ-CGT ont décidé d’alerter l’Inspection du Travail.

 Institut du Monde Arabe : un plan social pour combler le déficit budgétaire.

Financé par le Ministère des Affaires étrangères (60 %) et par les 22 Etats de la Ligue arabe (40 %), l’Institut du Monde Arabe est confrontée depuis sa création à un déficit chronique. Les défaillances de certains des contributaires arabes y sont certainement pour quelque chose. Cependant, la subvention versée par la France n’a jamais été révisée à la hausse en dépit d’un accroissement constant des activités de l’IMA. Vrai succès populaire avec son million de visiteurs annuels, l’IMA parvient à s’autofinancer à hauteur de 47%. Mais il a pâti de la nomination à sa direction de personnalités dotés d’entregent plus que de compétences. Qu’à cela ne tienne, et conformément au dogme libéral ambiant, les compressions de personnels serviront de variable d’ajustement afin d’éponger les erreurs de gestion : une dizaine d’agents devraient être licenciés sur les 150 employés permanents que compte l’Institut. La nomination prévue de Dominique Baudis pour succéder à Yves Guéna s’inscrit-elle dans la continuité ou marquera-t-elle une rupture ? Il est trop tôt pour le savoir mais une seule chose est sûre : à l’heure où le "choc des civilisations" sert de gargarisme quotidien à nombre de faiseurs d’opinion, la perpétuation d’un espace d’échange culturel tel que l’Institut du Monde Arabe loin d’être un luxe, s’avère plus que jamais indispensable.

Culture, éducation, transports, énergie...les attaques contre les personnels constituent le corollaire du démantèlement programmé des services publics. La CGT-MAE, par ces quelques lignes, entend donc réaffirmer sa solidarité avec les militants CGT engagés dans ces luttes.