Amiante au tripode Beaulieu-Nantes : un an après l’explosion du batiment, où en est-on ?


Le 27 février 2005, par un temps glacial, l’immeuble dit « Le Tripode » à Beaulieu (Nantes) explosait à 10 heures du matin, en 13 secondes, après qu’on en eût extrait 350 tonnes d’amiante.

Les collègues présents ont tous eu le cœur serré en pensant aux années passées ensemble dans la convivialité, une ambiance unique favorisant aussi le travail, des échanges enrichissants et amicaux avec nos collègues du Ministère des Finances. Cet immeuble était beau, bien conçu et tous en avaient de bons souvenirs.

Mais le bel édifice était empoisonné, truffé d’amiante. De l’amiante, il y en avait partout dans les plafonds, dans les gaines, dans les cloisons, de l’amiante friable, de la méchante, de l’amosite, de celle qui tue !!!.

Chacun se souvenait des grappes d’amiante qui se dilétaient des plafonds, plafonds que les ouvriers professionnels « rebouchaient » d’un coup de peinture !!!!

Si la nostalgie en émouvait quelques-uns, d’autres, en ce dimanche 27 février, pensaient avec tristesse et révolte aux 9 ouvriers professionnels du Ministère des Finances décédés. Seul un reste en vie (6 sur les 10 sont décédés entre 2004 et 2005). Ce jour là l’intersyndicale avait décidé d’accrocher quelques pancartes sur le site d’où nous étions autorisés à voir l’explosion. Nous avons dû lutter avec les forces de police pour accrocher ces pancartes. Qu’avaient donc de subversif les inscriptions y figurant ? Les voici :

« L’AMIANTE TUE »
« RECONNAISSANCE DE SITE AMIANTE »
« SOUVENONS-NOUS DE NOS COLLEGUES DECEDES »

HISTORIQUE

-  Construction en 1972 de l’immeuble abritant le Service Central de l’Etat-Civil du Ministère des Affaires Etrangères (environ 400 personnes) et l’INSEE de Loire-Atlantique et une partie des services de la Trésorerie Générale de Loire Atlantique (environ 750 personnes). A l’époque, on savait déjà que l’amiante était dangereuse.

-  1980/1982 : Informatisation intensive du Tripode, surtout en ce qui concerne l’INSEE. Les câbles et autres sont placés sans aucune précaution. Les employés les installant sont en contact direct avec l’amiante. Les agents dans les bureaux connaissent des « pics » d’exposition à l’amiante.

-  1992 : Départ des fonctionnaires du Ministère des Finances.

-  1993 : Départ des fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères

-  27 février 2005 : destruction du Tripode après désamiantage.

LUTTES INTERSYNDICALES :

-  Années 80 : Début des luttes pour demander l’évacuation de l’immeuble, pour que des mesures de fibres d’amiante soient effectuées dans les bureaux, pour que des examens radiologiques et spirométriques soient effectués.

SATISFACTION APRES DES LUTTES EPUISANTES

-  Années 90 : Demande d’une étude scientifique faisant apparaître les conséquences d’une exposition passive à l’amiante.

-  en 2002 : Devant la perspective de la destruction du Tripode, référé auprès du Tribunal Administratif de Nantes pour obtenir un diagnostic de l’immeuble.

SATISFACTION EN 2004:ETUDE EPIDEMIOLOGIQUE

Le principe de l’étude épidémiologique demandée depuis plusieurs années a enfin été avalisé par le Ministère des Finances en 2004.

Le MINEFI, sans consultation préalable, ni du MAE, ni des élus syndicaux des deux administrations, lance un appel d’offre. Commencent à l’automne 2004, les premières réunions avec SEPIA-SANTE, bénéficiaire du marché.

Très vite, il apparaît que le marché se fait a minima : prise en compte des décès jusqu’au 31 décembre 2004 seulement, comparaison uniquement entre des cohortes de population internes exposées a l’amiante dans le Tripode, la seule différenciation étant le facteur « temps d’exposition ».

Si on avait voulu que l’étude ne prouvât rien, on ne s’y serait pas pris autrement.

Après avoir alerté les médias, les organisations syndicales ont obtenu :

-  A ce que soit retenu, une cohorte de comparaison externe,

-  La prise en compte des décès jusqu’au 31 décembre 2005 au moins.

Le MINEFI, lors d’une réunion avec SEPIA SANTE et les organisations syndicales a cédé sur ces revendications lors d’une réunion en octobre 2005.

Il est à noter qu’à aucun moment, la hiérarchie du MAE ne s’est impliquée dans ce dossier.

LA LUTTE N’EST PAS FINIE

NOUS EXIGEONS

- Le classement du Tripode en « site amianté », ce qui permettrait aux personnels de bénéficier des pré-retraite amiante et de la reconnaissance automatique des maladies professionnelles liées à l’amiante

- L’examen au scanner pour les volontaires sachant que ces radios ne décèlent que 20 à 50 % des plaques pleurales.

DERNIERE MINUTE :

Le Ministre DOUSTE-BLAZY, en réponse à l’intervention de la CGT, a déclaré lors du CTPM1 du 13 décembre 2005 qu’il présenterait lui-même le dossier de « reconnaissance de site amianté ».

Affaire à suivre...